La République fédérative du Brésil dispose d’un nouvel ambassadeur au Togo. Le ministre des affaires étrangères, Robert Dussey, a reçu, le vendredi 12 janvier à Lomé, les copies des lettres de créance du représentant désigné, Luiz Ivaldo Villafañe Gomes Santos. Le nouveau diplomate, qui remplace à ce poste Nei Futuro Bitencourt, aura pour mission de poursuivre le renforcement des relations d’amitié et de coopération entre les deux pays. Le Togo et le Brésil sont liés par un accord diplomatique et par des projets dans les secteurs agricole, culturel et de la formation, entre autres. Avant sa nomination à Lomé, Luiz Ivaldo Villafañe Gomes Santos a été ambassadeur dans plusieurs pays de la sous-région, notamment au Bénin et au Niger.
« Correct the Map » : Redessiner l’Afrique dans les esprits
Le 9ᵉ Congrès panafricain a été également marqué par une session d’une puissance rare : « Correct the Map ». Comment les cartes héritées du monde occidental, notamment la projection de Mercator, ont-elles façonné notre perception de l’Afrique ? Comment changer le regard du monde sur le continent — et surtout, comment l’Afrique peut-elle changer son propre regard sur elle-même ? Mme Moky Makura et d’autres intervenants ont livré des réflexions profondes sur la décolonisation des représentations, la guérison des traumatismes historiques et la nécessité d’un panafricanisme en action. Moky Makura « Dans un monde où la taille est souvent synonyme de puissance, déformer la véritable échelle de l’Afrique renforce des idées fausses et préjudiciables sur son importance géopolitique et économique. » « Nous essayons de changer la façon dont le monde voit l’Afrique, mais surtout, la façon dont l’Afrique se voit elle-même. » « Quand l’Afrique est déformée sur la carte, l’Afrique est diminuée dans les esprits. » Corriger la carte, c’est corriger le regard porté sur l’Afrique. Guérir les traumatismes de l’esclavage et de la colonisation.Faire du panafricanisme non plus un simple discours, mais une pratique concrète de transformation. 📌 Ce qu’il faut retenir✓ Les cartes occidentales ont réduit l’Afrique dans l’imaginaire mondial✓ L’Afrique est 14 à 15 fois plus grande que le Groenland✓ Changer la carte = changer le récit sur le continent✓ Le panafricanisme doit être Sankofa (retour aux racines) et Ubuntu (humanité partagée)✓ L’Afrique ne doit plus être une « note de bas de page » mais le sujet principal✓ Ce congrès n’est pas une fin — c’est un tremplin vers le changement radical
9e Congrès panafricain de Lomé – Discours d’ouverture du Président du Conseil
Pendant des siècles, nos peuples ont été dispersés, réduits au silence, orphelins de leur propre voix dans le concert des nations. Pourtant, nos peuples ont résisté. Ils ont créé. Ils ont reconstruit le monde, en portant l’Afrique dans leur mémoire, dans leurs luttes, dans leurs arts. Près d’un siècle après le premier Congrès panafricain, voici que l’Afrique et sa diaspora se retrouvent à nouveau, debout, réunies, conscientes de leur puissance et de leur unité. Ce 9ème Congrès arrive à un moment où l’Afrique n’est plus périphérique. Elle n’est plus silencieuse. Elle est jeune. Elle est forte. Elle est ouverte au monde, et déterminée à ne plus être modelée par d’autres. Ce 9ème Congrès n’est donc pas une commémoration. C’est une réaffirmation. C’est une reconquête. C’est un tournant. Car jamais, jamais depuis les indépendances, notre destin collectif n’a été autant entre nos mains. Jamais notre voix n’a été autant attendue. Jamais nos choix n’ont eu autant de résonance dans le monde. Je vous souhaite donc à toutes et à tous, la bienvenue à Lomé , un lieu d’ancrage, de mémoire et de projection. Un lieu où l’Afrique parle pour elle-même, et décide d’elle-même, pleinement. Pour ouvrir ce rendez-vous avec nous-mêmes et avec notre avenir, je voudrais partager avec vous cinq observations. Ma première observation, c’est que le renouveau panafricain est une nécessité stratégique. Car le monde change, l’ordre international se recompose. De nouveaux pôles émergent. Dans ce moment de transformation, une réalité s’impose : aucune nation africaine ne peut affronter seule l’ampleur des défis contemporains. Ni l’injustice climatique. Ni les crises sanitaires. Ni les fractures technologiques. Ni la compétition économique mondiale. Le panafricanisme n’est donc plus seulement une idée. C’est un impératif. C’est une stratégie de souveraineté. Il s’agit de décider pour nous-mêmes, sur la base d’une vision collective, réaliste et ambitieuse. Le panafricanisme que nous appelons ici n’est pas celui des slogans. C’est un panafricanisme pragmatique et exigeant. Un panafricanisme qui unit nos peuples, nos cultures, nos marchés, nos savoirs. Un panafricanisme capable d’agir dans un monde qui, lui, ne nous attendra pas. Ce Congrès doit réaffirmer une vérité simple : l’Afrique ne peut plus se contenter d’être spectatrice. Divisée, elle sera vulnérable. Unie, elle sera. Ma deuxième observation, c’est que la réforme du multilatéralisme est aujourd’hui une exigence.C’est l’autre évidence qui surgit de l’incertitude actuelle des équilibres géopolitiques : le monde ne peut plus être gouverné sans l’Afrique. Aujourd’hui, le Sud global s’affirme. Le système international a été conçu sans nous a été pensé dans un monde qui n’existe plus. Nos nations étaient encore sous domination coloniale. Nos peuples n’avaient pas voix au chapitre.Aujourd’hui, un continent de 1,4 milliard d’habitants, qui représente 28% des Etats membres de l’ONU, et bientôt le quart de l’humanité , n’a toujours pas de siège permanent au Conseil de sécurité. Ce n’est pas une anomalie, c’est une aberration. Notre continent ne peut rester absent des lieux où se décident la paix, le commerce ou la Finance mondiale. Depuis le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, l’Afrique porte une position claire. Et le représentant de l’Union africaine l’a rappelé : 2 sièges permanents au conseil de sécurité avec droit de véto. Cette position est juste. Elle est légitime. Et il faut qu’elle soit entendue. Mais nous devons aller plus loin : il faut réformer les institutions, et réformer dans les institutions. Les deux sont indispensables. Réformer les institutions, c’est corriger les déséquilibres de gouvernance. Réformer dans les institutions. Réformer dans les institutions, c’est peser davantage au quotidien, dans les décisions, dans les normes, dans les financements.Ce Congrès doit donc transformer nos principes en plan d’action africain, crédible et unifié. Cette réforme du multilatéralisme n’est pas seulement une revendication africaine. C’est une condition de stabilité pour le monde entier.Ma troisième observation, c’est que notre principal levier d’action est la mobilisation de nos propres ressources africaines. Notre développement ne viendra pas de solutions venues d’ailleurs. Il viendra d’abord de nous-mêmes : de nos ressources naturelles, de nos jeunes talents, de nos entreprises, de nos diasporas, de nos savoirs, de nos cultures.C’est cela, la souveraineté moderne: financer nous-mêmes nos priorités, transformer nous-mêmes nos matières premières, moderniser nos systèmes alimentaires et sanitaires, et surtout investir dans notre capital humain.Mobiliser notre propre capital, c’est aussi reconnaitre la valeur de nos savoirs endogènes: nos langues, nos systèmes éducatifs, nos connaissances médicales, nos traditions intellectuelles. Une Afrique forte est une Afrique qui croit en ce qu’elle sait, en ce qu’elle peut et en ce qu’elle est. Nous avons la jeunesse la plus dynamique du monde. Nous avons des terres abondantes. Nous avons des diasporas puissantes. Nous avons la créativité, l’énergie, l’innovation. Mobiliser notre capital, c’est transformer enfin ce potentiel en puissance. Ma quatrième observation, c’est que l’Afrique est une et indivisible. Le panafricanisme est global. Il est dans notre continent. Il est dans la diaspora. Il est dans notre jeunesse. La diaspora, les Afrodescendants et les jeunes sont les trois forces motrices du renouveau africain. Faire d’eux des acteurs centraux, c’est renforcer l’unité , la créativité et la puissance africaine. La Diaspora et les Afrodescendants sont une source immense de savoirs, de créativité , et surtout d’influence. Ils prolongent l’Afrique dans le monde. Ils élargissent notre horizon collectif. Notre jeunesse est notre plus grand atout stratégique. Elle porte l’innovation, le numérique, la culture, l’économie créative, les luttes sociales. Elle est prête, si nous savons lui faire confiance. Ce Congrès doit réaffirmer l’unité de cette grande famille africaine : une unité historique, une unité politique, une unité culturelle et enfin une unité de destin. Ma cinquième observation, c’est que le fondement de notre souveraineté passe aussi par la reconquête de notre narratif et de notre identité. Mesdames et Messieurs,Aucune puissance ne s’est affirmée en laissant les autres raconter son histoire. Depuis des siècles, l’image de notre continent a été fabriquée hors d’Afrique. Elle a été déformée, stéréotypée, instrumentalisée. Nous ne pouvons plus accepter que nos réussites soient invisibles, que nos talents soient ignorés, que nos cultures soient réduites à des clichés.